La rentrée, agitée, de France Inter s'est effectuée sans Thomas Legrand. Suspendu de l'antenne de la station publique en cours de saison l'an passé, le journaliste pensait pouvoir y revenir pour celle qui commence. C'était sans compter sur Sibyle Veil qui a défendu son choix de ne pas l'intégrer dans les grilles "afin de lutter contre le sentiment inacceptable d’une collusion entre journalistes et politiques". Le concerné avait en effet été accusé il y a un an de connivence avec le Parti socialiste, après la diffusion d’une vidéo filmée à son insu, déclenchant une vaste polémique sur l’impartialité de l’audiovisuel public.
L'éditorialiste politique s'est d'abord ému de cette éviction dans une tribune publiée dans "Le Monde" en août dernier, et en avait profité pour régler ses comptes avec la direction, coupable de l'avoir "personnellement laissé tomber dans la tourmente". Invité de "Quotidien", lundi soir, il en a rajouté une couche au sujet de la patronne de la station. "La présidente de Radio France écoute trop les politiques. Il y a tellement de pression sur Radio France, sur France Inter, qu’il faut avoir les épaules, être un peu solide. Ça a manqué un peu de solidité", a regretté d’emblée Thomas Legrand.
Yann Barthès et Salhia Brakhlia lui ont alors rapporté les propos de la PDG, qui l'avait accusé de "se faire le martyr de l’indépendance de l’audiovisuel public". Surpris par ce tacle, l'ancien rédacteur des "Inrocks" et de "Libération" s'est défendu : "J’ai été piégé. Il y a eu des montages qui m’ont fait dire n’importe quoi, j’ai été bâché par toute la bollosphère, j’ai été menacé de mort, ma femme aussi. Est-ce que je pleurniche ? Pas du tout ! J’ai fait un livre sur autre chose".
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L'auteur d'une dizaine d'ouvrages politiques sort en effet "Arrêtons (vraiment) d’élire des présidents" aux éditions Stock, et non pas un pamphlet contre la radio qui l'a employé pendant 18 ans. Au contraire, Thomas Legrand préfère garder un avis positif de la leader des audiences, égratignée depuis la rentrée de fin août. "Je défends France Inter. Il faut continuer à écouter France Inter, c’est une radio pluraliste", assure celui qui note que Sibyle Veil a manqué d'"élégance" en le dépeignant comme "martyr". C'est d'ailleurs là son principal regret. "J’y ai beaucoup d’amis. Je sais que France Inter voulait me garder, ils m’ont proposé jusqu’au dernier moment des choses en me demandant de me débrouiller avec Sibyle Veil parce que c’était elle qui ne voulait pas", a-t-il confié en acquiesçant la phrase de Yann Barthès qui lançait le fait que "tout le monde voulait le garder sauf elle". "Mais c'est la cheffe", a souri une dernière fois le commentateur politique.