Des ennuis judiciaires pour Delphine Ernotte ? "La Lettre" révèle ce mercredi 11 février qu'une instruction a été ouverte par le tribunal judiciaire de Paris contre la patronne de France Télévisions pour abus de bien sociaux. L’enquête porte sur des frais engagés lors d’un séjour à titre professionnel de dirigeants du groupe audiovisuel public à Cannes en 2023. Après avoir répondu aux questions de Charles Alloncle et de la commission d'enquête parlementaire, la dirigeante devra donc s'expliquer prochainement devant une juge d'instruction pour justifier le montant de la facture reçue par France TV de l'hôtel Majestic de Cannes, pour le déplacement de cadres de l'entreprise entre le 16 et le 27 mai 2023. À la suite d'une enquête préliminaire du parquet, elle est soupçonnée d'"abus de biens sociaux et recel" et de "soustraction, détournement ou destruction de biens d'un dépôt public par le dépositaire ou l'un de ses subordonnés".
Le début de la procédure remonte à une première plainte déposée il y a deux ans par le syndicat CFE-CGC pour "détournement de fonds" et "abus de confiance". La branche médias du regroupement estimait que certaines dépenses de représentation méritaient un examen judiciaire. Delphine Ernotte, Stéphane Sitbon-Gomez, directeur des antennes et programmes, Manuel Alduy, directeur du cinéma et des fictions, ainsi que Christophe Tardieu, secrétaire général, avaient logé dans le palace de la Croisette pendant le festival de cinéma dont le groupe audiovisuel public est partenaire. Or, la facture allouée de 112.123 euros des frais d'hôtellerie était bien au-delà des standards de l'établissement azuréen. Avec des tarifs de suites à plus de 1.300 euros la nuit, on est loin du forfait alloué aux salariés dits "normaux" : le magazine d'investigation évoque un plafond de 350 euros par nuit durant la grande messe du septième art.
La CFE-CGC souligne en outre que France Télévisions n'avait pas à régler les frais des deux fondateurs de "Brut", Guillaume Lacroix et Renaud Le Van Kim, eux aussi de la partie. Sur le montant total, 38.467 euros auraient en effet été alloués à l'hébergement des deux hommes, alors que les deux médias en question étaient partenaires durant le festival. Les plaignants ont dénoncé des faits qui "soulèvent des préoccupations quant à la gestion financière de France Télévisions et à la légitimité des dépenses".
Comme l'avait raconté "La Lettre" en décembre 2023, le groupe public avait admis avoir réglé la facture au Majestic mais faisait valoir que la note de 38.467 euros pour les chambres des dirigeants de "Brut" leur avait été refacturée. Selon France Télévisions, le montant restant de 73.656 euros n'aurait pas été financé par les deniers publics mais par barter, un système bien connu des régies médias consistant à échanger de l'espace publicitaire invendu contre des services tels que des billets d'avion, des frais de restauration ou de traiteur. Autrement dit, le groupe aurait indirectement financé ces frais d'hébergement via sa régie publicitaire. "Pas un euro d'argent public n'a été utilisé pour ces frais", avait souligné le média dans son démenti contre les allégations de "détournement de fonds publics" et d''abus de confiance'.

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