Le ton était déjà monté en juillet, et la colère est toujours bien présente. Cet été, Netflix, Prime Video et Disney+ se coordonnaient pour déposer un recours "en excès de pouvoir" devant le Conseil d’État après une modification du décret SMAD (Services de médias audiovisuels à la demande). Adopté en 2021, le décret d'origine impose aux plateformes de streaming proposant leurs services en France "des obligations d’investissement dans la production cinématographique et audiovisuelle française et européenne." Depuis début 2025, cette législation a évolué et impose aux plateformes de placer désormais 20% de leurs obligations d'investissement sur trois genres bien définis : le documentaire, le spectacle vivant et l'animation. Pauline Dauvin, VP Content de Netflix France, s'était déjà insurgée contre ces nouvelles obligations dans une tribune publiée dans "Le Monde" en juillet, estimant notamment que "la réglementation [prenait] le pas sur la liberté éditoriale."
Présente au Festival de la fiction de La Rochelle, qui s'est tenu la semaine dernière, Pauline Dauvin est revenue sur sa prise de parole de cet été, qu'elle assume pleinement une nouvelle fois. "Netflix est un partenaire majeur de la création française. C'est plus de 250 millions d'euros investis dans la création visuelle et cinématographique, et ça rien qu'en 2026, a expliqué la patronne de la branche tricolore de la plateforme lors d'une prise de parole à laquelle Puremédias a assisté. Si nous investissons dans la création française, c'est par conviction et non par obligation. Notre succès dépend d'histoires françaises, de créations françaises, fortes, originales, vivantes."
Pauline Dauvin évoque ensuite les règles du nouveau décret SMAD, qu'elle juge une nouvelle fois "disproportionnées et discriminatoires". "Parce que nous demander de doubler du jour au lendemain nos investissements dans des genres, c'est contraindre notre liberté éditoriale parce que ça ne répond à aucune demande de la part de notre public, a-t-elle de nouveau martelé. À plus long terme, on a également une interrogation sur la pérennité de ce modèle. Pourquoi ? Parce que si rien n'est fait, si rien ne change, Netflix d'ici 2030 sera le premier investisseur dans la création française devant France Télévisions. Et ça, c'est ni tenable pour les secteurs, ni tenable pour Netflix. C'est pourquoi nous demandons, et c'était l'objet de cette tribune, un plafonnement de nos obligations afin de pérenniser nos engagements dans la création française", a conclu la dirigeante, ajoutant que ces engagements doivent correspondre "à la réalité de l'industrie dans laquelle nous opérons, mais aussi à la demande de notre public."