Elle n'en finit plus de gagner du temps d'antenne. Rallongée jusqu'à 9h30 en 2022, jusqu'à 10h en 2023, la matinale de France Inter s'étendra de 7h à 11h dès le 25 août 2025. Adèle Van Reeth en a fait l'annonce, ce jeudi 26 juin 2025 dans les colonnes du "Parisien". Pour pallier le départ pour le "20 Heures" de France 2 de Léa Salamé – incarnation de ce carrefour stratégique depuis 2014, elle remplacera Anne-Sophie Lapix à la rentrée – la directrice de la station publique met en œuvre une nouvelle stratégie : scinder "La grande matinale", son nouveau nom, en deux phases de deux heures.
De 7h à 9h, Nicolas Demorand, "qui avait très envie de rester" malgré l'absence de son binôme, "sera le chef d'orchestre" de la première partie "toujours très tournée vers l’information". Benjamin Duhamel, qui renonce à une exposition TV sur BFMTV, assurera l'interview de 7h50 et "rejoindra Nicolas Demorand pour 'Le grand entretien' de 8h20".
Comme Puremédias vous l'annonçait ce jeudi, Bertrand Chameroy succédera au billet d'humeur de 7h55 à Matthieu Noël, qui se consacrera à "Zoom Zoom Zen" entre 16h et 18h. "Il a fait un premier essai très réussi au printemps !", se réjouit Adèle Van Reeth. "C’est quelqu’un de drôle et populaire, qui a aussi du culot. Il coche toutes les cases pour cet exercice. À cette heure-là, on a besoin d’une soupape : on doit pouvoir se marrer après des moments intenses. J’attends qu’il dise tout haut ce que tout le monde pense tout bas, que cela concerne l’invité ou les membres de l’équipe".
Côté humoristes encore, "François Morel, Sophia Aram, David Castello-Lopes, Charline Vanhoenacker continuent, Lison Daniel et Philippe Katerine arrêtent la matinale", annonce Adèle Van Reeth qui "prépare quelques surprises" dans ce registre.
De 9h à 11h, Sonia Devillers incarnera cette partie "plus magazine, culturelle et sociétale". "Après les débats de 9h05, elle mènera une interview qui prendra la forme d’un récit de vie à la première personne, d’un anonyme ou d’une célébrité", précise Adèle Van Reeth. "De 10h à 10h30, nous programmerons un nouveau format culturel sur lequel nous travaillons encore. Entre 10h30 et 11 heures enfin, Ali Rebeihi (qui perd donc une demi-heure, ndlr) proposera un rendez-vous dans la lignée de 'Grand bien vous fasse !' (qui garde une version hebdo le vendredi). Ce sera une demi-heure autour de la vie quotidienne avec des appels d’auditeurs".
Adèle Van Reeth promet par ailleurs aux auditeurs qu'ils entendront "autant de femmes que d'hommes" dans "La grande matinale". Nora Hamadi, ancienne présentatrice de "Vox pop" et de "27" sur Arte et actuelle voix de France Culture, remplacera Claude Askolovitch à "La revue de presse". Les chroniques d'Aline Afanoukoé ou Mathilde Serrell permettront à cette tranche d'être "paritaire". "J’y tiens", assure Adèle Van Reeth.
Dans le reste de la grille, "nous accueillons une nouvelle émission d’actualité musicale et de pop culture présentée par Mehdi Maïzi, une figure du rap et de YouTube, du lundi au vendredi à 22 heures puis par Camille Diao le samedi soir", poursuit la directrice de France Inter. "Je tenais aussi beaucoup au retour de l’histoire au quotidien dans la grille. Stéphanie Duncan, qui assure le podcast 'Espions, une histoire vraie', proposera une chronique tous les jours à 14 heures. Elle posera chaque semaine une question d’histoire à laquelle elle répondra de manière narrative. Christophe Galfard nous rejoint aussi pour une émission scientifique le samedi".
Dans son interview au "Parisien", Adèle Van Reeth ne dit rien, en revanche, du changement de rythme de diffusion de "Secrets d'info". La seule émission d'investigation à la radio, jusqu'ici diffusée pendant 30 minutes chaque samedi, sera désormais proposée une fois par mois dans la case de l’émission de grands reportages du dimanche "Interception", désormais incarnée par Fabienne Sintes, anchorwoman du 18/20.
Les journalistes de la cellule d'investigation de Radio France, dirigée par Jacques Monin, puis par Benoît Collombat depuis dix ans, se sont émus de cette décision dans une lettre écrite à l'attention de Sibyle Veil, PDG du groupe. "Ce changement constitue un affaiblissement clair de la seule émission d’investigation du service public de la radio", dénoncent ceux qui alimentent le programme, dans ce texte, que "Libération" a pu lire. À deux ans de la présidentielle et à quelques jours (le 30 juin 2025) du début du débat sur la réforme de l'audiovisuel, "sa quasi-disparition envoie un signal aux auditeurs qui va porter préjudice à la crédibilité de l’ensemble des rédactions de Radio France. La remise en cause de l’investigation ne pourra pas être perçue autrement que comme la preuve empirique que les journalistes du service public ne peuvent plus enquêter librement."
Dans une interview au "Nouvel Obs", Céline Pigalle, directrice de la radio ICI (ex-France Bleu) qui prend là sa casquette de directrice de l'information de Radio France, d'expliquer ses motivations : "Les journalistes sont tellement dévorés par l’émission qu’ils n’ont pas toujours la capacité de prendre à bras-le-corps des sujets qui surgissent dans l’actualité, qui s’imposent, car ils doivent nourrir 'Secrets d’info'", s'est-elle justifiée. Dans le même temps, a-t-elle concédé, "je suis garante du fait que leur temps pour faire des enquêtes sera préservé. J’estime qu’il faut aussi avoir du temps pour chercher… sans toujours trouver. Je vais leur proposer une clause de revoyure à l’automne pour regarder, ensemble, comment fonctionne cette nouvelle configuration."
Un an après le vote d'une motion de défiance conte Adèle Van Reeth – qui avait remplacé Yaël Goosz par Patrick Cohen à "L'édito politique" – cette décision, parmi d'autres, ravive les tensions en interne. "C’est en lisant 'Le Parisien' que nous, personnels de France Inter, découvrons les informations sur l’avenir de la chaîne et la grille de rentrée", se sont étonnées les sociétés représentant journalistes, réalisateurs, producteurs, programmateurs, attachés de production et techniciens dans un texte consulté ce vendredi 27 juin 2025 par "Libération".
"Preuve supplémentaire du mépris de la direction qui n’a pas pris la peine de présenter son projet aux équipes. Une fois de plus, rhétorique et opération de communication priment sur le dialogue interne", s'indignent-elles.
Sur le fond, elles fustigent les choix "à contre-courant des évolutions de la société pour ne pas dire rétrogrades" d'Adèle Van Reeth, depuis sa nomination à la tête de la station en 2022. Elles ont relevé ainsi "l’affaiblissement de thématiques pourtant majeures telles que l’écologie, la diversité et le féminisme" (avec l’arrêt récent de l’émission "En marge" de Giulia Foïs ou l’absence de chronique sur l’écologie entre 7h et 9h, même si Camille Crosnier récupère un billet à 6h45), la "dépolitisation de l’humour" (en référence notamment au démantèlement progressif de la "bande à Charline" et au licenciement de Guillaume Meurice) ou la "disparition progressive de la voix des auditeurs à l’antenne" (avec la raréfaction des séquences de répondeurs sur Inter, arrêtées dans "La Terre au carré" ou bientôt chez Ali Rebeihi, qui intégrera la matinale étendue à la rentrée après la fin, évoquée plus haut, de "Grand bien vous fasse" sous sa forme actuelle).

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