Vincent Bolloré a gagné une manche mais pas encore la partie. La Cour de cassation s’est penchée, mardi 25 novembre 2025, sur la question de savoir si la société Vivendi était contrôlée de fait ou non par le milliardaire, "un dossier de taille scruté par le monde de la finance", rapporte l'AFP. Or, la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire a annulé l’arrêt de la cour d’appel du 22 avril dernier, qui avait estimé que la multinationale spécialisée notamment dans le divertissement contrôlait "de fait" le groupe Vivendi, dont il est le premier actionnaire, au moment du projet de scission du conglomérat en quatre entités. La balle a donc été renvoyée devant une autre cour d'appel parisienne, laquelle devra statuer sur cette affaire épineuse et donc se prononcer à nouveau sur ce "contrôle de fait", selon un communiqué de la Cour de cassation.
Aux yeux des avocats du fonds Ciam, actionnaire minoritaire à l’origine de la procédure en justice, la décision de la Cour de cassation n’est pas un revers. "La messe est encore loin d’être dite", estiment-ils auprès de l’AFP. Ils ajoutent : "La question de la réalité du contrôle du groupe Bolloré sur Vivendi est toujours en suspens" puisque la cour d’appel doit l’examiner à nouveau. Selon la haute juridiction, la première avait tenu compte d’un "faisceau d’indices" pour conclure au "contrôle de fait" de Vincent Bolloré : sa "notoriété", "son parcours professionnel, celui de ses fils ou son autorité personnelle au sein des assemblées générales de la société Vivendi". Mais en prenant cette décision, elle n’a "pas correctement appliqué" le Code du commerce, rappelle la Cour de cassation.
"Le groupe Bolloré ne contrôle pas Vivendi", avait martelé l’avocat de la société, Me Alain Bénabent lors de l’audience publique mardi. "Convaincre n’est pas contrôler", avait ajouté Me Emmanuel Piwnica, l’avocat du groupe Bolloré, évoquant la "notoriété indéniable (…) et la crédibilité" de son client. Tout l’enjeu de ce dossier mêlant "Bolloré, les marchés, des montants à trois milliards", selon un protagoniste cité par l’AFP, est de savoir si l'entrepreneur à l'empire médiatique va devoir indemniser les petits actionnaires en rachetant les titres restants, à hauteur de plusieurs milliards d’euros. Cette menace n'est donc pas définitivement écartée, et, selon les scénarios, Vincent Bolloré pourrait débourser entre 6 et 9 milliards d’euros, selon certaines estimations.
Cette âpre bataille juridico-financière remonte à 2024, lorsque Vivendi avait annoncé puis effectué une scission en quatre entités cotées (Canal+, Havas, Louis Hachette Group et la holding Vivendi). Pour le fonds activiste Ciam, qui détiendrait 0,024% du capital de Vivendi, cette décision se faisait au profit du seul intérêt de Groupe Bolloré (qui possède 29,9% du capital de Vivendi) et au détriment des minoritaires. La société, selon Ciam, aurait mené cette opération pour renforcer son contrôle sur les sociétés en question sans avoir à lancer de coûteuse OPA (plus exactement une offre publique de retrait, OPR). Ciam a ainsi décidé de saisir la justice, ce qui a donné le coup d'envoi du volet judiciaire de ce feuilleton. Le prochain épisode devrait avoir lieu dans plusieurs mois.

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