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Un "acte de résistance" : 80 auteurs publient ensemble un ouvrage sur la fronde anti-Bolloré dans l'édition
Publié le 10 septembre 2026 à 17:35
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Dans "La grande évasion", 80 auteurs dont Virginie Despentes, Bernard-Henri Lévy ou Vanessa Springora poursuivent la mobilisation née de la reprise en main des éditions Grasset par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
Vincent Bolloré convoqué par la commission d'enquête et son président à l'Assemblée nationale. © Stephane Lemouton / Bestimage

Quelques mois après le départ spectaculaire de 115 plumes des éditions Grasset — consécutif à l'éviction de leur patron historique Olivier Nora —, la contre-attaque littéraire prend la forme d'un brûlot. Ce jeudi, 80 écrivains publient "La grande évasion" aux éditions Buchet-Chastel. Un ouvrage collectif pensé comme un véritable "acte de résistance" face à la prise de contrôle du groupe Hachette Livre par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Parmi les signataires, on retrouve Virginie Despentes, Bernard-Henri Lévy, Vanessa Springora ou encore Laurent Binet.

"Nos différents contrats nous enchaînent à un groupe dont l'agenda politique vise à faire triompher l'extrême droite dans un an"

Partie d'une simple boucle WhatsApp mi-avril, cette fronde inédite regroupe désormais 260 auteurs et s'étend jusqu'au monde du cinéma. Le collectif se bat notamment pour faire inscrire dans la loi une "clause de confiance" qui permettrait aux artistes de rompre leurs contrats et de récupérer leurs droits en cas de virage idéologique de leur maison d'édition. Au fil des 200 pages du manifeste, les plus grandes signatures de la maison Grasset prennent la parole. "Écrire à 80, ça ne s'est sans doute jamais fait mais ça représente bien ce qu'on est : des écrivains, des gens très différents avec beaucoup de désaccords, mais qui sont capables de publier un livre ensemble et de se battre ensemble", confie à l'AFP Colombe Schneck, co-coordinatrice du projet.

Pour Hervé Le Tellier, prix Goncourt 2020, l'enjeu dépasse le cadre purement éditorial. "Aujourd'hui, nos différents contrats nous enchaînent à un groupe dont l'agenda politique vise à faire triompher l'extrême droite dans un an, un projet partagé avec d'autres milliardaires", fustige-t-il, tandis que la romancière Lola Lafon dénonce une bataille culturelle stratégique : "Leur récit du monde colonise peu à peu les imaginaires, cette logorrhée médiatique du 'On ne peut plus rien dire' infuse l'air du temps". De son côté, Philippe Jaenada préfère manier l'ironie noire face au blocage des droits : "Nos livres sont sous terre, sous marécage, pas morts, zombies, ça grouille encore là-dedans, on va essayer de les en sortir (à mon avis on peut toujours courir, mais c'est mon côté fataliste qui bougonne)".

"Je m'en fous de Vincent Bolloré, la seule chose qui me choque, c'est d'avoir un propriétaire qui n'aime pas la contradiction"

Le recueil revient également sur la réaction de Vincent Bolloré qui, dans les colonnes du "JDD", accusait récemment les frondeurs d'agir en "caste". Une sortie balayée avec piquant par Frédéric Beigbeder : "Je dois dire que, comme Vincent, j'ai été surpris par l'ampleur de notre démission collective. 250 auteurs qui claquent la même porte, ça finit par abîmer la porte", raille l'auteur et chroniqueur du "Figaro Littéraire" avant d'ajouter : "Moi je m'en fous de Vincent Bolloré, la seule chose qui me choque c'est d'avoir un propriétaire qui n'aime pas la contradiction". Plus radicale, Virginie Despentes dresse un parallèle direct entre le combat pour la propriété intellectuelle et les luttes féministes. "J'ai le droit de considérer que j'incarne ce que j'ai écrit, que j'en suis responsable, que le corps de mon texte est mon corps et j'ai le droit de dire que je ne consens pas à n'importe quoi", assène l'autrice de "Vernon Subutex". "Il est toujours dangereux pour un corps dominé de réclamer des droits. C'est ce qui nous est reproché aujourd'hui", écrit-elle.

Adoptée par le Sénat en juin, une proposition de loi entend rééquilibrer les contrats d'édition au bénéfice des écrivains mais sans créer de "clause de confiance" ou remettre en cause la règle qui veut qu'un livre reste la propriété des éditeurs jusqu'à 70 ans après la mort de son auteur. Des combats que ces écrivains ne comptent pas abandonner. 

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Par La rédaction avec l'AFP | Journaliste
Puremédias en collaboration avec l'Agence France Presse (AFP)
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