La pression du gouvernement s'accentue sur Delphine Ernotte et France Télévisions. "La Tribune dimanche" révèle que Sébastien Lecornu aurait envoyé le 23 janvier dernier un courrier à la présidente du groupe audiovisuel public pour lui demander "un effort supplémentaire par rapport à la dotation initialement prévue et à partir de laquelle (elle avait) élaboré un budget pour la société". Confrontée à une forte contraction de ses ressources publiques, l'entreprise a fait valider fin décembre un budget 2026 à l’équilibre, au prix d’un effort global d'une centaine de millions d’euros, un niveau historique dans son histoire. Mais ce plan d'économies drastiques s'avèrerait insuffisant, et l'Etat souhaite que le service public rogne encore sur son enveloppe.
"Dans un contexte de fortes contraintes pesant sur les dépenses publiques et au regard des exigences qui s’imposent à France Télévisions afin de contribuer à l’effort collectif pour l’année 2026 et les exercices suivants, il apparaît indispensable que votre entreprise fasse preuve d’une attention particulière dans la maîtrise de ses frais de fonctionnement, notamment sur les postes identifiés par la Cour des comptes", explique le Premier ministre dans sa lettre. Il reprend en effet dans le détail les éléments du rapport rédigé par cette autorité en septembre et pointe "la progression dynamique des charges d’exploitation hors programmes du groupe public", passant de 464,6 millions en 2017 à 540 millions en 2024.
"La Cour formule notamment des remarques sur le pilotage de certains frais de fonctionnement : modalités d’attribution de véhicules de fonction jugées généreuses, frais de taxi qui se sont accrus de 36% entre 2019 et 2023 en partie du fait de l’inflation, frais de mission élevés liés à l’activité de l’entreprise mais reposant sur certains dispositifs qui pourraient être rationalisés et mieux planifiés", souligne le chef du gouvernement sur les points à améliorer.
La Cour des comptes avait tiré la sonnette d’alarme sur l’avenir de France Télévisions. Dans un rapport, l’institution présidée par Pierre Moscovici estimait que le groupe public est désormais "dos au mur", confronté à une situation budgétaire "critique" et jugée "non soutenable". Delphine Ernotte avait assuré que des réformes étaient déjà engagées pour se plier à ces recommandations : vente d'actifs immobiliers, cession à TF1 de neuf matchs du tournoi des Six Nations de rugby, réduction de 5% des dépenses sur tous les programmes de divertissement, baisse des financements à la création audiovisuelle...
Déjà fragilisé, l'audiovisuel public a subi un nouveau coup de massue avec le vote d'un amendement au projet de loi de finances 2026 proposant une énième baisse de sa dotation (30 millions). Pour atteindre l’équilibre des comptes, "nous prévoyons de réaliser 150 millions d'euros d’économies en 2026, ce qui représente un effort historique dans l’histoire de l’entreprise", a souligné Delphine Ernotte Cunci devant les députés le 18 février. La lettre du Premier ministre intervient dans ce contexte déjà tendu, et amplifié par la commission d'enquête menée par Charles Alloncle à l'Assemblée nationale.

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