Son arrivée sur franceinfo a été moins commentée que celle sur France Inter, mais en interne, la colère est la même. Dans un communiqué que Puremédias a pu consulter, plusieurs syndicats de France Télévisions (CGT, CFDT et SNJ) dénoncent le recrutement de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de "Valeurs Actuelles". Comme leurs confrères de Radio France, ils demandent purement et simplement le retrait de l'antenne de celui qui officie déjà en tant qu'éditorialiste de l'émission "Avant le 20h", et qui a débuté dimanche dernier en tant que débatteur dans "Le duel" face à Rokhaya Diallo (voir la vidéo en tête d'article, ndlr).
"De cela, la direction de FTV n'en a pas dit un mot. Comme si elle voulait le faire entrer en catimini", dénoncent-ils, évoquant sa mission d'éditorialiste, passée sous les radars. "L'annonce de l'émission 'Le Duel', dans lequel il débat avec la journaliste Rokhaya Diallo, directrice de la publication de l'hebdomadaire Politis, n'était donc qu'un écran de fumée, pour minimiser sa place à l'antenne", poursuit le communiqué. "Après avoir confié une émission entière, sur France Info, à Nathan Devers et Paul Melun, (chroniqueurs passés par Cnews), après l'annonce de l'arrivée d'Eugénie Bastié ("Le Figaro", Cnews) sur France 2 dans "L'Heure de Vérité", la direction de France Télévisions va encore plus loin avec le recrutement d'un dirigeant de "Valeurs Actuelles", peut-on lire.
Les syndicats expliquent ensuite pourquoi "Valeurs Actuelles" "n'est pas un média comme un autre" : "Il est l'héritier d'une longue et sombre tradition, celle de la presse d'extrême droite française, avec ses méthodes et ses haines. 'Valeurs Actuelles' a récemment été condamné pour injure raciste et provocation à la haine raciale. Rien d'étonnant puisque son fonds de commerce est d'attiser la xénophobie, la stigmatisation des personnes racisées et des minorités". Dans ce texte, les trois organisations syndicales l'affirment : "Les 'valeurs' de cet hebdomadaire sont à l'opposé de celles de Radio France et France Télévisions. Voir nos dirigeants lui dérouler le tapis rouge aujourd'hui est incompréhensible".
L'argument du pluralisme à l'antenne ne tient pas pour eux, puisque "l'extrême droite est une force politique de premier plan en France, et l'ensemble des médias publics permet donc à ses élus et représentants de s'exprimer tout au long de l'année". Les choix éditoriaux du groupe sont en outre pointés du doigt, les syndicats regrettant la multiplication "des 'duels', des émissions de 'clash' où l'opinion prend régulièrement le pas sur l'information". "Importer les méthodes de Cnews, recruter des journalistes de 'Valeurs Actuelles', ce n'est pas renforcer le pluralisme : c'est ajouter encore au confusionnisme ambiant", fustigent-ils.
"Nous, élus du personnel, délégués syndicaux, demandons à la direction de France Télévisions de revenir sur ces décisions qui choquent les salariés que nous représentons. Nous lui demandons également de cesser, en contradiction avec les slogans affichés, de trop souvent favoriser l'opinion au détriment de l'information", concluent-ils. Seront-ils mieux entendus que leurs confrères de Radio France ? Interrogée par l'AFP, la direction de France Télévisions a souligné que "Charles Sapin vient le dimanche face à Rokhaya Diallo", une militante antiraciste, pour "un débat, une confrontation de points de vue différents". "Il intervient occasionnellement dans 'Avant le 20h' comme d’autres intervenants extérieurs" variés, a-t-on ajouté.
Charles Sapin a également été recruté en cette rentrée sur la première radio de France pour un billet politique dans la matinale du dimanche. L'intersyndicale du groupe public Radio France, dont France Inter fait partie, a en réponse déposé un préavis de grève pour les dimanche 13 et lundi 14 septembre, demandant le retrait de sa chronique. Mais la direction ne compte pas fléchir. Radio France reste "une maison ouverte, indépendante et impartiale. On fait tenir sur la même antenne des gens qui ne pensent pas la même chose, à l’image de notre pays", a justifié la patrone de la station Céline Pigalle, tout en assurant "comprendre les réactions, les indignations". De son côté, la directrice générale de Radio France Sibyle Veil a défendu le choix de donner la parole à "des gens qui ne pensent pas la même chose".