L'affaire Legrand/Cohen aura servi de détonateur pour Delphine Ernotte-Cunci. La patronne de France Télévisions, tout comme son homologue de Radio France, Sibyle Veil, ont été entendues par l'Arcom, le mercredi 17 septembre, au sujet de l'affaire des vidéos volées -et publiées par le magazine conservateur "L'Incorrect"- des journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen. Alors que le premier a renoncé à l'une de ses émissions sur les ondes, le chroniqueur de "C à vous" n'a pas été sanctionné par sa supérieure, qui lui apporte "son soutien total" au nom de la protection de "la liberté des journalistes". Or, à travers cette polémique médiatique se dessine un conflit larvé entre le service public, accusé de parti pris pour la gauche, et les médias privés dans le giron du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, dont font partie CNews et la radio Europe 1.
Dans un courrier public à l’Autorité, les deux dirigeantes avaient dénoncé de concert une "campagne de dénigrement systématique et quotidienne" menée par ces deux médias. Puis, dans un entretien accordé au "Monde", Delphine Ernotte-Cunci en a remis une couche, en lançant une charge frontale contre la chaîne d'information de la TNT. "Il faut admettre que CNews est un média d’opinion. Qu’ils assument d’être une chaîne d’extrême droite !", a-t-elle déclaré, employant pour la première fois ce qualificatif au sujet de la concurrente de BFMTV et LCI.
La dirigeante va même plus loin, appelant à une coopération plus affirmée de l’Arcom et aux pouvoirs publics contre cette déstabilisation. "La galaxie médiatique de Vincent Bolloré veut la peau de l’audiovisuel public, réclame sa privatisation, et l’exprime avec violence (…). À un moment, il faut dire stop. On a besoin de toutes les bonnes volontés républicaines de ce pays pour s’élever contre cette violence verbale de nature presque politique", tonne-t-elle dans le quotidien. "Ce qui m’inquiète désormais, c’est qu’une partie du personnel politique prend pour argent comptant ce qui est affirmé, et repris sur les réseaux sociaux, sans vérifier ce qui s’est vraiment passé ; c’est ce qu’on appelle la post-vérité", poursuit-elle, en faisant le parallèle avec les Etats-Unis de Donald Trump.
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Interrogée par nos confrères sur le fait de savoir si l’audiovisuel public était suffisamment soutenu par l’État et les politiques, elle a botté en touche : "Je pose la question". Avant de développer sa position dans un contexte de fortes restrictions budgétaires et de faire passer un message à la ministre de la Culture, Rachida Dati : "Si ce soutien consiste à garantir l’indépendance de l’audiovisuel public, donc un financement pérenne, alors on ne l’a pas".
Delphine Ernotte-Cunci a d'ailleurs revu son jugement sur le projet de rapprochement des entreprises de l’audiovisuel public sous une holding commune, porté par la locataire de la rue de Valois. "J’ai toujours défendu l’union, mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir que les conditions ont changé. L’urgence est de donner des garanties sur notre indépendance", a-t-elle expliqué pour justifier son changement d'opinion.

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