Apolline de Malherbe en était confuse. Dans son émission matinale sur RMC, la journaliste vedette du groupe recevait Bally Bagayoko, le nouveau maire LFI de Saint-Denis, au surlendemain de sa victoire au premier tour des municipales. Elle lui avait alors demandé de réagir sur des propos qu'il aurait tenus la veille sur LCI, le soir de son triomphe. "Alors qu’un de mes confrères vous interrogeait sur la ville des rois, vous disiez que c’est aussi la ville des noirs, est-ce que ça, ça compte pour vous ?", avait-t-elle lancé. Or, l'édile avait immédiatement rectifié la formule de son interlocutrice : "Ce n’est pas la ville des noirs, c’est la ville des rois et du peuple vivant, c’est ça le terme complet qui a été rappelé". Un mea-culpa plus tard -"Dans le brouhaha du duplex j’avais mal entendu ses propos dimanche soir minuit, et j’en suis désolée"- et des remerciements de l'intéressé pour sa "clarification", l'intervieweuse pensait la polémique close.
Or, elle a été relancée par Bally Bagayoko en personne au micro d'Azzeddine Ahmed-Chaouch sur Radio Nova. L'ex-intervenant de "Quotidien" a rediffusé la séquence et lui a demandé de la commenter. "Comment s'est passé ce moment-là où vous apprenez qu'elle dans le piège de la fake news ?", l'interroge-t-il, ne donnant ainsi aucune crédit à l'explication de sa consoeur. Plusieurs figures de l'extrême droite avaient en effet tous poussé, sur leurs réseaux respectifs, cette fausse information grotesque.
"Il est vrai qu'il y a cette première injonction qui est quasiment de me faire dire 'les noirs', alors que je ne dis jamais ça", estime cet héritier de l'immigration, premier maire Insoumis d’une ville de plus de 100.000 habitants. "Et je prends le soin de ne pas disqualifier en fin de compte l'auteur et de ne pas être désobligeant envers elle. Je suis quelqu'un d'après peu près constitué intellectuellement, je suis père de famille, je suis quelqu'un de responsable", raconte alors celui qui a décidé d'épargner en direct Apolline de Malherbe.
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Pour autant, Bally Bagayoko n'en reste pas moins déçu de la tournure prise par cet échange, et égratigne son interlocutrice : "Ce qui est un peu plus scandaleux, et quasi irresponsable aux tenants d'Apolline de Malherbe, qui est quand même une journaliste avec quelques heures de vol, c'est de ne pas vérifier ses sources, et qui du coup par faiblesse intellectuelle, a plutôt fait le choix" de tomber dans le piège. "Parce que c'est normal, c'est un black et forcément qu'il est possible qu'il ait pu dire 'la ville des noirs'", rajoute l'enfant de Saint-Denis aux origines maliennes. Pour lui, la reprise de cette intox n'est pas le fruit du hasard. "Il y a quelque chose qui relève quasiment d'une approche un peu néo-coloniale, ou par définition il ne peut qu'avoir dit ça. C'est la raison pour laquelle avec calme, je lui dis 'non c'est la ville des rois et du peuple vivant', puisque c'est la citation du poète Jean Marcenac, qui est l'histoire de notre ville", juge le flegmatique élu.

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