Après Ève Szeftel de "Marianne", une autre directrice d'un titre de presse est dans le collimateur de sa rédaction. Valérie Hurier, à la tête de l’hebdomadaire culturel depuis début 2023, fait en effet l’objet d’une motion de défiance lancée par la société des journalistes et les représentants du personnel, a révélé le vendredi 2 octobre "Les Échos". Dans un vote électronique à bulletins secrets qui s’est étiré sur 24 heures entre jeudi et vendredi matin, les journalistes ont été 68% (80 votants) à faire part de leur défiance à l'encontre de leur directrice, contre 32% des suffrages en sa faveur. Il s'agit donc d'un sérieux revers à mi-mandat pour la dirigeante nommée pour cinq ans et d'une grande première dans l'historique du magazine détenu par "Le Monde", jamais coutumier d'un tel vote de désaveu.
Dans leur texte, les salariés reprochent pêle-mêle à Valérie Hurier une "absence de cap éditorial", la "prise de décisions unilatérales" et une "insécurité grandissante au travail". "Les Échos" font aussi état de "brutalité" dans ses méthodes de management et de dissensions à propos du traitement du conflit israélo-palestinien. Le clou a été enfoncé par la volonté de la directrice de supprimer le service reportage de l'hebdomadaire. Or, les enquêtes de terrain constituent l'ADN de "Télérama" et ses rédacteurs dénoncent un virage éditorial "inquiétant". Selon la motion de défiance, "cette décision prise sans préavis ni concertation préalable, et au mépris de tous les échanges ayant eu lieu avec les instances, crée un précédent alarmant". "Notre singularité éditoriale ne peut se voir réduite au décryptage de la société par le seul prisme des productions culturelles et médiatiques, ou par des rebonds sur l'actualité", peut-on également lire.
En réalité, les inquiétudes remontant à l'organisation d'ateliers au premier semestre, lors desquels un grand nombre de salariés avaient "fait part de leur malaise", entre crise de sens, perte d'autonomie dans le travail, manque d'écoute de la direction, inégalité de traitement et verticalité des décisions.
Sollicitée par "Les Échos" et "Libération", Valérie Hurier n'a pas souhaité réagir avant d’avoir échangé avec sa rédaction. Celle qui a pris la succession de Fabienne Pascaud affirmait vouloir moderniser le titre sans en renier les valeurs, lors de sa nomination, mais aussi élargir et rajeunir son lectorat. Paradoxalement, cette crise éditoriale intervient alors que "Télérama", dont la diffusion s'élève à 413.000 exemplaires en moyenne au mois de juin, reste dans une situation économique stable.

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